Les membres du comité consultatif intercommunal « environnement et qualité de l’air » de la vallée de Chamonix-Mont-Blanc composé de trois collèges (élus, socioprofessionnels et associatifs) font le  constat affligeant « de la relative inertie de l’Etat, sur des sujets qui sont pourtant déterminants pour la résolution de notre crise »

Alors que le second Plan de Protection de l’Atmosphère de la Vallée de l’Arve est en cours de finalisation, le comité adresse une lettre ouverte aux trois ministres Mesdames Borne et Buzyn et Monsieur Hulot.

Parmi les exigences on trouve l’utilisation de la ligne existante Lyon Turin sous utilisée pour le transport des marchandises : « En complément de cette orientation, il convient de mettre en place sans tarder une stratégie offensive en faveur du fret ferroviaire sur la ligne existante qui a été complètement sous-utilisée au cours des 15 dernières années. Le report vers le rail est en effet un levier indispensable pour désengorger les vallées alpines ».

L’unanimité des membres sur cette exigence masque cependant deux visions différentes.

Les associations Inspire et ARSMB se sont largement engagées en faveur de l’utilisation de la ligne existante et l’arrêt du projet inutile de Nouvelle Liaison Lyon Turin.

Monsieur Eric Fournier, maire de Chamonix et vice-président à l’environnement du Conseil Régional AURA est de son côté très largement engagé au côté du lobby pro-Lyon Turin. Or la ligne ferroviaire existante Chambéry – Modane qui emprunte le tunnel du Mont Cenis est systématiquement dénigrée par le lobby Lyon Turin afin de justifier la nouvelle liaison Lyon Turin.

En mai, Monsieur Eric Fournier cosignait un plaidoyer pour la réalisation des accès au Lyon Turin qui argumentait l’impossibilité de réussir le transfert modal sans une nouvelle ligne « moderne et performante ».

Depuis des années la ligne ferroviaire Ambérieu – Modane – Turin est qualifiée de ligne « historique ». Ce mot répété inlassablement dans les accords internationaux, les dossiers et les communications des élus et lobbies supportant la Nouvelle Liaison Lyon Turin disqualifie méthodiquement cette ligne.

En 2015, Le rapport sur les nouvelles sources de financement de la section transfrontalière remis au premier ministre par Monsieur Michel Bouvard et Monsieur Michel Destot fait état (en page 27) de questions de fiabilité et de sécurité sur ce parcours. « Le parcours de la ligne de montagne soulève également des questions de fiabilité et de sécurité. Le tunnel actuel est monotube, sans galerie de sécurité. La ligne d’accès longe des parois abruptes et peu sécurisées.»

Plus lourd de conséquences, en juin 2006, un document de La Transalpine, le groupe de lobbying pro Lyon Turin recommandait (en page 3) de ne pas encourager le développement de l’AFA Autoroute Ferroviaire Alpine pour éviter de valoriser les performances de la ligne existante. « Vouloir poursuivre à tout prix l’AFA Autoroute Ferroviaire Alpine actuelle ou modifiée, en l’absence de perspectives à long terme, pourrait au contraire laisser croire que la ligne historique peut encore rendre service de nombreuses années… Et donner des arguments aux opposants de la vallée de Suse.»

Voir :  La fermeture des gares de Maurienne est liée à la politique pro Lyon Turin

Il y a une grande incohérence à exiger l’utilisation de la ligne existante pour le transport des marchandises et en parallèle à peser de tout son poids politique pour disqualifier les performances de cette ligne. L’inertie du gouvernement pourrait presque apparaître compréhensible devant ces pressions contradictoires.

Lettre_Ouverte_Trois_Ministres_juin_2018